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Isis s’exprime graphiquement depuis l’enfance dans un style très personnel, à l’écart de toute référence culturelle.
Elle a dû s’intégrer rapidement, arrivant de son pays natal en France, dans des conditions historiques défavorables.
Comme l’acquisition de la langue s’est faite dans un contexte d’urgence dramatique, sa première vocation l’a poussée à une carrière littéraire, et elle a enseigné les lettres dans le cadre de l’éducation nationale, passionnée par l’analyse des textes, des mots et des concepts, ainsi que par leur mise en relation.
Cependant, la parole, même celle des géants de la littérature, lui paraissait limitée, et il lui fallait exprimer par l’image tout ce que les mots ne disent pas, tout ce qu’il lui était comme interdit de dire.
Un jour, elle a trouvé dans un atelier de travaux manuels destiné à occuper les personnes qui, comme elle, se trouvaient emprisonnées pour quelques temps dans un établissement hospitalier pour se remettre d’une intervention difficile, un matériel dont elle n’était pas familière : crayons feutres et carte bristol.
Ceci lui semblait être plutôt réservé à des gribouillages d’enfants, et la facture de ses premiers dessins reflète cette façon de voir.
Mais, rapidement, elle a découvert des possibilités inexplorées, développé sa technique en suivant des voies très particulières.
Très peu d’artistes utilisent les feutres pour s’exprimer. Son œuvre se comprend suivant des codes qui se sont mis en place parallèlement à son évolution personnelle.
Le monde qu’elle illustre est un monde « sauvage »(celui des images), d’avant la culture (le monde des mots). En cela, réside son originalité et son unicité.
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